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Dans la presse nationale encore nous !

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par Fanny Napolier le 27-09-2014 sur EGORA

La MG loge les internes pour qu'ils s'installent dans son désert

Tombée sous le charme de la région de Roanne, Lisa Otton, médecin généraliste tout juste installée, entend bien y attirer les étudiants. La Maison des internes, portée par son association, propose un logement à bas coûts aux internes de médecine générale. Les demandes dépassent déjà les capacités d'accueil.

Lisa Otton est une battante.

Tombée sous le charme de Roanne et de sa région, elle a choisi de s'y installer. Mais la ville, située à une centaine de kilomètres de Lyon et de Saint-Etienne n'attire guère les étudiants. Trop loin, trop compliqué de s'y loger… "On a donc créé la Maison des internes, qui propose cinq chambres à des internes qui font leur stage en ambulatoire dans le pays roannais". Pour 210 euros par mois, qui couvrent les charges, les étudiants sont logés un semestre dans cette villa meublée de 150m2, avec jardin.

Problème de logement

"Déjà, quand j'étais présidente d'un syndicat étudiant à Lyon, tout le monde nous disait qu'il y avait des problèmes à Roanne. Dès qu'il y avait des soucis de logement, c'était à Roanne", se souvient la généraliste. Malgré cette mauvaise réputation, elle et son compagnon, choisissent d'y faire leur internat. "On est venu un week-end, en touristes, pour voir. On a adoré. Les paysages sont beaux, on y mange bien… C'est proche de Lyon et on a une qualité de vie extraordinaire", explique la jeune femme. Mais très vite, le couple est confronté au problème : impossible de se loger à un prix raisonnable."Les loyers sont les même qu'à Lyon ! Si j'ai choisi la campagne, ce n'est pas pour payer le même prix qu'à Lyon !" Il leur a fallu deux mois avant de trouver un logement satisfaisant.

L'idée de rester dans cette petite ville fait son chemin. Benoît, le mari de Lisa, doit trouver un sujet de thèse. "Je lui ai dit : si on reste ici, il faut qu'on sache où on met les pieds". Il choisit donc : Etat des lieux et perspectives de la médecine générale du Roannais. Pour ses recherches, il envoie un questionnaire à 110 médecins qui ont fait leur internat dans la région dans les dix dernières années. "Deux commentaires revenaient très souvent. Ils disaient : on est...[ pagebreak ]

venus en trainant les pieds, mais on est repartis contents. Et l'autre chose, c'était encore ce problème de logement". Un constat s'impose, il faut trouver un moyen de faire connaître la région aux internes en leur offrant où se loger.

Projet voté à l'unanimité

La zone étant particulièrement déficitaire, le Dr Otton espère trouver une oreille attentive auprès des élus en proposant d'attirer des futurs médecins sur leur territoire. Las. "Vous êtes bien utopiste", lui répond le sous-préfet. Quand elle soumet son projet à l'hôpital local, on lui conseille de commencer par créer une association. Enfin, le maire consent à une rencontre et une discussion avec les élus de la Communauté de communes et les responsables de l'hôpital. "C'était une période de tension entre les élus. Ils se tiraient dans les pattes". Malgré cela, une idée émerge. L'hôpital dispose d'une maison de direction qui, réduction de postes oblige, n'est plus occupée.

En deux mois, et après de nombreuses démarches administratives compliquées, l'association de Lisa revient avec un projet bien ficelé devant les élus. L'hôpital met les locaux à disposition de l'association, dont les travaux de rénovation seront financés par la Communauté de commune. "Malgré les tensions, ils ont voté le projet à l'unanimité", se réjouit le médecin.

Créer du lien entre internes et médecins

En septembre, une maison rénovée est prête à recevoir les étudiants. "Mais il restait un détail : rien n'était meublé. Il n'y avait pas de financements pour ça", se souvient Lisa Otton. "Alors, j'ai ...[ pagebreak ]

repris mon bâton de pèlerin et d'utopiste", commente-elle en souriant. Elle lance un appel au don par mail. "Tout le monde a un matelas, un petit meuble qui traine à la cave". Par une journée d'octobre, une trentaine de personnes "internes, médecins mais aussi des amis non médecins", se retrouve sur le pas de la porte pour aménager la Maison. "C'était un moment très sympa", se souvient-elle. La Maison était fin prête pour accueillir les quatre premiers occupants.

"Ce lieu ne sert pas seulement à loger les étudiants, il sert aussi à créer du lien entre les internes et les médecins du territoire", tient à souligner Lisa Otton. A l'arrivée de chaque promotion, un apéritif est organisé à la Maison, auquel sont conviés les généralistes du coin, mais aussi les internes de l'hôpital. "On amène des produits locaux, on leur fait découvrir des choses, on leur présente des gens", tout pour leur faire aimer le territoire. Une autre fête est organisée à leur départ."Et je passe régulièrement à la Maison. A un moment on me surnommait la maman des internes", ajoute la jeune femme.

Faire rester les jeunes

"Depuis, il y a une petite vingtaine d'internes qui sont passés par la Maison", commente Lisa Otton. Et la réputation du lieu n'est plus à faire. Tant et si bien que pour le semestre dernier, neuf internes ont demandé à être accueillis, pour cinq places disponibles. "Certains se sont mis en colocation, et une autre est accueillie chez son maitre de stage. D'ailleurs elle est ravie parce qu'il cuisine divinement bien".

Mais ce qui est peut-être plus important encore pour Lisa et son association, c'est que certains restent. "Aujourd'hui, cinq font des remplacements réguliers. Et trois jeunes qui n'ont pas connu la Maison tiennent à venir parce qu'ils apprécient ce noyau dur et ce lien entre nous". Un vrai succès, qui est loin d'être suffisant à ses yeux. Lisa se bat aujourd'hui pour créer une maison de santé pluri professionnelle. "Les jeunes nous le disent, ils veulent exercer en groupe", assure-t-elle. Mais pour le moment, la mairie n'est pas de cet avis. "C'est un bénéfice que la maison soit là. C'est bien de faire venir des jeunes. Mais ce qui est encore mieux, c'est de penser à les faire rester chez nous".

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